Témoignages sur l’étang au début du 20ème siècle


Douceur au bord de l’eau :

Nous nous sommes installés à Berre en 1968 avec nos quatre enfants. Quelle joie, le soir après le travail, de prendre un pique-nique et d’aller se baigner dans cette eau salée et vivifiante. C’était une détente extraordinaire, une impression de vacances. Nous allions tantôt au Grand Port, tantôt à la plage du Bouquet. Tout cela était merveilleux, le meilleur des fortifiants qui nous a permis de faire face allègrement à tous les problèmes et au travail intense. Les enfants se sont initiés à la voile et s’y sont passionnés. Ils ont continué en grandissant et ont participé à de nombreuses régates. ..

Souvent, après le goûter et surtout la grosse chaleur, nous partions en vélo rejoindre l’étang par le chemin de Mauran, la petite route qui part du nouveau cimetière et un petit chemin qui part vers les salins. On contournait les « roubines », regardait les « agachons » désertés l’été. Nous admirions différents oiseaux, principalement les aigrettes et surtout les flamants roses. Leur démarche est élégante. Certains sont plus colorés que d’autres, un véritable concours s’engageait, chacun cherchant la plume la plus foncée, celle qui ressemblait le plus à une flamme ! C’était l’émerveillement !

Puis nous nous arrêtions sur l’une des petites plages de coquillages, pas un grain de sable ! Là aussi les collections se complétaient chaque fois, recherchant toujours un plus beau encore…Naturellement, nous nous rafraîchissions dans l’eau au milieu des cris de joie. Quels bons souvenirs. C’était ensuite le moment du retour, en longeant les bassins parfois aussi roses que les flamants ! Nous rentrions par le Grand Port et le centre-ville, enchantés de notre promenade

Yvette DELUZURIEUX

Le Tunnel du Rove :

J’avais 3 ans quand j’entends parler du tunnel. Mon père nous dit qu’on va inaugurer à l’Estaque, un canal qui va s’ouvrir sur l’étang : « le canal du Rove ». Mon père avait une voiture en co-propriété avec deux amis, mais ce n’était pas son jour de l’utiliser. Il a dit « nous irons en bateau » et demande à ma mère de venir. Celle-ci lui réplique « pour que la Nerthe me tombe sur la tête ! Je ne risque pas d’y aller » ! Moi j’embarque au côté de mon père et il me reste la vision fabuleuse de cette demi-lune de lumière au fond du tunnel. Il y avait le Président de la République, des drapeaux partout, c’était beau !!

Madeleine PONTOIS

Poissons et crevettes :

On allait pêcher les loups, les « moulets » (= sardines, à ne pas confondre avec les mulets/muges) dans le port de Berre. Au Jaï, on mangeait la soupe de canadelles. Je me rappelle aussi du Béalet, un ruisseau qui passait sous ma fenêtre et se jetait dans l’étang. Mon mari y attrapait les muges à la main ! Il était propre ce ruisseau. Je me rappelle qu’on y lavait le linge. Quand arrivait le vent du sud, je faisais habiller mes enfants, et ils prenaient une casserole et sur le bord de l’étang dans les algues ils ramassaient de grandes quantités de crevettes.

Madeleine PONTOIS

La pêche à la brique :

Beaucoup de personnes ont eu la chance de connaître l’Etang de Berre à l’époque où il suffisait de se lever tôt et de se baisser pour y faire des pêches miraculeuses. On pouvait pique-niquer au bord de l’eau en famille ; il suffisait d’apporter son pain, son vin et d’aller ramasser moules, oursins et huîtres pour manger à sa faim. A cette époque beaucoup de maisons étaient construites en briques rouges. Avec leurs cloisons alvéolées, les briques plongées dans l’étang offraient un abri artificiel à de nombreuses espèces de poissons, crabes ou autres. Cela n’avait pas échappé à de petits malins. Aussi, le soir ils mettaient une ou plusieurs briques à l’eau. Puis, il leur suffisait le matin de bonne heure de venir ramasser les briques en mettant une main de chaque côté et d’en vider le contenu dans un récipient pour y recueillir leur pêche.

Jean-Michel VACHEROT